LOUIS CENNAMO

"Je suis né à Londres le 5 mars 1946. Mon premier contact avec la musique eut lieu vers l'âge de 4 ans, lorsque j'ai commencé à chanter par-dessus les disques italiens de mon père. Je m'en rappelle encore très bien, c'étaient des moments très heureux pour moi. Ensuite, ma scolarité se passa très calmement. Ma passion pour le rock et la pop a commencé lorsque j'avais 13 ans. J'écoutais un peu tout ce qui se faisait, tout ce qui passait à la radio. Ma soeur, a ce moment-là, m'a beaucoup influencé. Elle avait quelques années de plus que moi et c'était déjà une fan de Chuck BERRY et Ray CHARLES. Pour moi, tout ça était très sophistiqué... C'était une période très excitante.

A l'âge de 19 ans, j'ai fait partie d'un groupe de Birmingham qui s'appelait les FIVE DIMENSIONS, au sein duquel Rod STEWART avait chanté quelques temps plus tôt, à ses tous débuts. Les membres de ce groupe étaient tous des musiciens de blues très talentueux. J'étais encore très jeune.

Pendant une tournée, j'ai fait la connaissance de Mike PATTO. Nous étions à cette occasion le "backing-group" de Chuck BERRY lors d'une de ses tournées anglaises. Il y avait aussi le groupe de Graham BOND avec Jack BRUCE et Ginger BAKER, et celui de Long John BALDRY, les HOOCHIE-COOCHIE MEN (où officiait maintenant Rod STEWART). Mike PATTO était en quelque sorte le "Monsieur Loyal" des concerts, il présentait chacun des groupes. C'est comme ça que j'ai fait sa connaissance.

Ce n'est que pas mal de temps plus tard que nous nous retrouvâmes ensemble, dans un groupe qui s'appelait le CHICAGO LINE BLUES BAND, et qui comprenait également Tim HINKLEY aux claviers, Viv PRINCE des PRETTY THINGS à la batterie, et le trompettiste africain Mike FELLANA. Un bon petit groupe, mais hélas il ne dura guère longtemps, quelques mois tout au plus.

Fin 1966, j'ai rejoint The HERD, un groupe qui à ce moment commençait à s'éloigner du blues pour faire des choses plus pop. Ce qu'on appelait "progressif" à l'époque ! C'est là que j'ai connu Peter FRAMPTON, Il y avait aussi Andy BOWN à l'orgue - qui est maintenant dans STATUS QUO - et Mick UNDERWOOD à la batterie, plus tard remplacé par Andrew STEELE. Je suis parti au bout d'un an. Nous étions assez originaux pour l'époque : maquillés sur scène, coiffés bizarrement... Mais musicalement, nous n'étions pas trop d'accord, j'avais des aspirations plus profondes dont ils se fichaient pas mal... Je suis donc parti... mal m'en a pris, c'était juste avant qu'ils deviennent vraiment connus !

Depuis le CHICAGO LINE BLUES BAND, j'étais resté en contact avec Mike PATTO et c'est grâce à lui que j'ai rencontré le guitariste Ivan ZAGNI et le batteur Barry WILSON et que fin 1967 nous avons formé JODY GRIND où j'ai retrouvé Tim HINKLEY. Nous étions un groupe d'amis très liés. Il y avait aussi Boz, qui fit partie plus tard de KING CRIMSON, puis fonda BAD COMPANY. Lui et son groupe étaient originaires de Norfolk, mais ils étaient installés à Londres.

Après JODY GRIND, j'ai trouvé un boulot dans un club du West End, tenu par la mère de la petite amie d'Andy BOWN. En parallèle, j'ai commencé à travailler avec James TAYLOR qui avait signé un contrat chez APPLE. Il était très jeune à l'époque, comme moi. J'ai donc joué sur son premier album. Un très bon souvenir, une bonne atmosphère.

A ce moment-là, je travaillais aussi pas mal en studio, le plus souvent avec Pete GAGE, le guitariste du RAM JAM BAND de Geno WASHINGTON, un groupe soul très en vogue au milieu des années 60.

C'est grâce à lui que j'ai fait la connaissance de Jim McCARTY et Keith RELF, car un de leurs amis connaissait Pete. Du coup, quand ils se sont mis à la recherche d'un bassiste, ils ont appelé Pete pour lui demander s'il avait quelqu'un en tête.

Jim et Keith venaient de quitter les YARDBIRDS, ils voulaient former un nouveau groupe, quelque chose de complètement diffèrent, de plus spirituel et doux, complètement à l'opposé de ce qu'ils faisaient avec les YARDBIRDS.

Pete et moi sommes donc allés rencontrer Jim et Keith dans la maison de Keith à Sunberry. Nous nous sommes merveilleusement entendus, Keith, Jim et moi, dès le premier instant. Ils me jouèrent certaines de leurs compositions, et c'était très proche de ce que je voulais jouer moi-même. Je leur ai dit que j'aimais beaucoup. Ce fut le début d'une longue collaboration.

Puis nous avons pris John HAWKEN qui venait de quitter les NASHVILLE TEENS et cherchait quelque chose à faire. Nous avons commencé à répéter tous les quatre en janvier 1969, dans la maison de Jim, dans le Surrey. Keith nous dit que sa soeur Jane n'avait pas grand chose à faire. A l'époque sa voix était encore très brute, elle était très peu expérimentée. Mais elle avait un côté magique qui nous plut beaucoup alors elle nous rejoignit aussi. Voilà comment RENAISSANCE a débuté.

RENAISSANCE était un groupe très égalitaire. Chacun avait son mot à dire et faisait profiter le groupe de ses compétences. C'était une période heureuse et très créative. Nous étions tous très contents de créer quelque chose de diffèrent. a n'était pas basé sur quoi que ce soit que nous ayons entendu auparavant.

Ce qui se passait, c'est que Keith et Jim arrivaient avec des paroles et quelques séquences d'accords, puis nous travaillions beaucoup ensemble, nous mélangions cela aux idées classisantes de John. Les idées de Keith et Jim étaient parfois très embryonnaires. Quelques-unes étaient très structurées, mais en général elles restaient très vagues. Nous les enrichissions alors grâce à notre savoir-faire technique.

La plupart du temps, nous intervenions tous, chacun suggérant telle ou telle idée. En plus de ça, nous avions des liens très forts entre nous, nous nous entendions tous très bien humainement. Une période très innocente, d'une certaine manière un souvenir très agréable.

Illusion fut enregistré au moment où le groupe se séparait. Ca s'est passé après notre tournée américaine, après la sortie du premier album. Les concerts là-bas se passèrent plutôt bien, mais à l'intérieur du groupe, des problèmes de communication commencèrent à apparaître. C'était devenu un boulot dur, tout le plaisir avait disparu. De plus, Jim ne se sentait pas très bien à ce moment; nous dûmes annuler une tournée en Suisse. De retour en Angleterre, nous sommes tous partis de notre côté. Nous aurions du rester ensemble mais nous ne l'avons pas fait, ce qui est très dommage.

Comme nous avions l'obligation par contrat de faire un autre album pour ISLAND Records, nous nous sommes donc réunis à nouveau à cette occasion. C'est Jane qui eut l'idée de l'appeler "Illusion".

A ce moment, COLOSSEUM m'avait fait des propositions pour le rejoindre. Keith et Jim, de leur côté, avaient été complètement vidés par la tournée américaine. Aucun de nous trois n'avait donc vraiment envie de recommencer le groupe. Le seul qui voulait vraiment le faire était John HAWKEN. Nous lui avons donc donné la permission d'utiliser le nom de RENAISSANCE. Il rassembla des amis autour de lui et reforma donc le groupe. Celui-ci connut quelques changements de tètes à ce moment. Puis finalement, ce fut lui qui se désista. Il préféra rejoindre SPOOKY TOOTH (à l'automne 1970). Ce fut donc la fin du premier RENAISSANCE.

Nous avons gardé, Jim et moi, un très bon contact avec Annie HASLAM, la chanteuse du second RENAISSANCE.

Mon avis sur les deux albums ?

C'étaient des tentatives très innocentes de créer quelque chose d'original. Nous y avons mis beaucoup d'amour, et je m'en rappelle avec énormément d'affection. Le premier album fut enregistré alors que Jane avait tout juste commencé à apprendre le chant. Quand nous fîmes ILLUSION quelques années plus tard, sa voix était incroyablement plus mature, c'en était presque irréel. Mais à l'époque de RENAISSANCE, elle faisait beaucoup d'efforts pour chanter juste. Nous n'y faisions volontairement pas très attention, nous étions sensibles à toute l'énergie et l'enthousiasme qu'elle mettait dans son chant.

Je trouve quand même que ces deux albums sonnent "datés" maintenant, mais pas mal de gens semblent ne pas être d'accord avec ce jugement.

Le second album n'a, étant donne les circonstances de son enregistrement, pas grand chose à voir avec le premier. On n'y retrouve plus vraiment cette fraîcheur et cette originalité. Mais bon, il y a quand même de très bonnes choses sur ce disque.

Après RENAISSANCE, j'ai donc rejoint COLOSSEUM et je suis resté avec eux pendant trois ou quatre mois. Mais leur style était si diffèrent que ça n'a finalement pas vraiment décollé. J'ai fait de très gros concerts avec eux, comme le Festival de Bath de 1970, devant 250.000 personnes, dans un immense champ ! Vous pouvez imaginer l'impression que ça fait d'arriver sur scène et de voir tous ces visages ! En plus de ça, j'ai joué sur l'album Daughter Of Time , et j'ai fait beaucoup de concerts, en Allemagne, et peut-être même en France, je ne me souviens plus très bien. Mais finalement je ne convenais pas vraiment au style du groupe, c'était trop "heavy" pour moi, comparé à RENAISSANCE. De plus, contrairement à RENAISSANCE où je participais à la création des morceaux, dans COLOSSEUM je devais me contenter de jouer, un peu comme un robot qu'on programmait.

Après COLOSSEUM, j'ai travaillé à nouveau avec Ivan ZAGNI et Barry WILSON de JODY GRIND. Nous voulions former un groupe progressif. Ca a duré six mois, un an, jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'argent pour continuer. J'ai alors rejoint STEAMHAMMER

C'était un peu un pari pour moi de jouer avec eux. Ils jouaient une musique assez proche de CREAM. J'aimais beaucoup les autres membres du groupe en tant qu'humains. Nous avons beaucoup tourné, surtout en Allemagne et en Europe continentale. C'était tout à fait ce que je désirais alors : jouer dans un groupe et voyager autour du monde !

J'ai enregistré un album plutôt étrange avec eux, qui n'a pas vraiment bien marché. C'était plutôt le bordel (rires) ! Puis Mickey BRADLEY, notre adorable batteur, est mort d'une leucémie pendant le mixage du disque, et bien sûr ça a plus ou moins marqué la fin du groupe. Nous avons ensuite essayé de monter un groupe instrumental. Nous avions de bonnes idées.

Pendant tout ce temps, j'étais resté en contact avec Keith RELF, et il venait de temps en temps nous filer un coup de main en studio. A la fin de STEAMHAMMER, Keith m'appela pour me demander ce que je faisais. Comme nous ne faisions rien de spécial tous les deux, il me demanda si ça me faisait envie d'aller en Amérique ! Rien que ça ! (rires).

Je fus instantanément enthousiasmé par l'idée. Comme lui, je gardais un très bon souvenir de notre tournée là-bas avec RENAISSANCE. La Californie nous attirait donc tous les deux, et même si nous n'avions pas beaucoup d'argent, nous nous décidâmes à tenter notre chance, accompagnés de Martin PUGH, le guitariste de STEAMHAMMER.

Grâce à nos contacts de l'époque RENAISSANCE, nous nous sommes retrouvés à Los Angeles. Nous y avons déniché un très bon batteur qui avait joué avec Johnny WINTER : Bobby CALDWELL. Nous avons commencé à répéter, et puis sommes carrément allés voir A&M pour leur demander s'ils seraient intéressés de nous entendre. Ils dirent oui. Alors nous avons commencé à leur jouer des trucs. Nous n'avions quasiment aucun morceau, nous nous sommes donc contentés de "jammer". Comme nous étions très dynamiques et motivés, et que Keith était quand même connu du fait de son travail dans les YARDBIRDS, nous avons réussi à signer un contrat avec eux.

Nous avons beaucoup répéter, mais c'est devenu peu à peu de plus en plus difficile. Nous avons alors découvert que Bobby avait des problèmes de drogue. C'était non seulement embêtant pour lui, mais aussi pour nous, car ça influait sur les répétitions. Et puis, il commença à avoir de l'influence sur Martin, notre guitariste, et ça causa une division en deux camps au sein du groupe. Keith et moi étions intéressés par la méditation et le yoga, nous fréquentions la partie "spirituelle" de Los Angeles.

Au bout d'un moment, tout ça créa une grosse tension, et le groupe déclina. Finalement, nous nous sommes rendus tous les quatre à Londres et là, nous avons réussi à enregistrer l'album d'ARMAGGEDON. Les problèmes au sein du groupe continuaient d'affecter nos répétitions. Pour ma part, je jouais de plus en plus mal car je réagissais mal à cette atmosphère.

A ce moment, Keith perdit tout intérêt pour le groupe, et de plus il tomba assez sérieusement malade. A cette époque, en 1974, nous sommes devenus des amis très proches. Nous avons connu des choses folles ensemble.

En 1975, ARMAGEDDON cessa d'exister, et Keith et Jane eurent l'idée de réunir les musiciens de la première version de RENAISSANCE. Ils vinrent me voir, quelques mois après la fin du groupe. Manifestement, les deux premiers albums de RENAISSANCE continuaient à susciter un grand intérêt auprès du public. a leur avait donné l'idée de reformer le groupe.

Comme eux ne faisaient pas grand chose et moi non plus, hormis quelques sessions par ci par là, nous sommes allés voir Jim, puis John qui se montrèrent tous deux intéressés.

Nous avons donc repris le concept de RENAISSANCE avec ILLUSION. Hélas, peu de temps après, Keith est mort. Mais quelques mois après sa mort, nous avons décidé de continuer. Quelque part c'était aussi pour lui rendre hommage. Nous avons alors pris John KNIGHTSBRIDGE à la guitare, un ami de John HAWKEN, et Eddie McNEIL, que Jim connaissait, à la batterie.

A cette époque, je continuais à m'intéresser à la spiritualité, j'étudiais le yogi, je faisais pas mal d'allers-retours en Inde. C'était assez dur pour moi de concilier les deux choses.

Nous avons néanmoins continué à répéter. Nous avons enregistré des démos que nous sommes allés faire écouter à ISLAND Records. Tim CLARK, qui était le directeur du label, les adora, et il nous signa. Nous primes le nom d'ILLUSION car nous ne pouvions plus utiliser celui de RENAISSANCE, car c'était maintenant celui du groupe d'Annie HASLAM. En 1976, nous avons enregistré le premier album, qui sortit l'année suivante.

La période d'ILLUSION fut très excitante pour moi, même si je n'ai pas pu m'y investir autant que dans RENAISSANCE. J'ai fait ce que j'ai pu, mais malgré cela, ça ne fut pas aussi créatif pour moi. Ca le fut sûrement beaucoup plus pour Jim et Jane, qui apportaient beaucoup d'énergie au groupe. Néanmoins j'ai écrit un morceau sur le second album qui relatait mes expériences relatives à la méditation.

Les deux albums se vendirent plutôt bien, et nous fîmes deux grandes tournées, une en première partie de Bryan FERRY en Europe en 1977, et une autre avec Dory PREVIN en 1978. Ce furent de gros succès, pas tant en termes financiers que de notoriété. Et en tant que groupe, nous travaillions beaucoup pour créer un style diffèrent, plus "middle of the road" d'une certaine manière, avec des morceaux doux mais aussi d'autres plus vigoureux avec des guitares plus "heavy". Jim jouait de la guitare acoustique. Jane était pour sa part au meilleur de sa forme à ce moment-là.

Le groupe se sépara pour deux raisons principales. La première tait des problèmes relationnels au sein du groupe, la seconde l'explosion punk. ISLAND commençait à investir tout son argent dans des groupes comme ULTRAVOX, Eddie & The HOT RODS etc... C'était l'époque des SEX PISTOLS, et vraiment pas celle pour la musique que nous faisions.

Paul SAMWELL-SMITH avait produit le second album et montrait beaucoup d'enthousiasme, mais le seul à le partager au sein d'ISLAND était Tim CLARK. Tous les autres n'avaient d'yeux que pour les groupes punk. C'est ce qui précipita vraiment la fin d'ILLUSION. De plus, l'album ne bénéficia d'aucun écho auprès des radios, à l'inverse du premier.

Après la fin d'ILLUSION, j'ai vraiment concentré mon énergie sur mon travail spirituel. J'ai fait un album, Diamond Harbour à cette époque, un album de musique spirituelle. Ensuite, plus rien avant STAIRWAY.

En 1985, j'ai quitté les yogis avec lesquels je travaillais, et je me suis retrouvé seul. Un jour, Jim McCARTY m'a appelé. Lui aussi était en pleine période de méditation. Nous avons décidé de collaborer à nouveau.

Le concept musical de STAIRWAY était de créer une musique qui permette aux gens de se relaxer et se guérir intérieurement. A ce moment, je travaillais comme "spiritual healer". Nous avons enregistré une série de K7 et CD, en commençant par Aquamarine en 1987. Je jouais plutôt de la guitare électro-acoustique à ce moment, ça convenait mieux au style de musique, mais toujours un peu de basse aussi.

Nous avons fait aussi deux cassettes, "Medicine Dance" et "Chakra" avec Malcolm STONE qui était en quelque sorte notre maître spirituel. Cette fois, la musique était un peu plus animée, plus variée, son but était cette fois d'encourager et motiver les gens à se guérir intérieurement.

Ce n'étaient pas des productions très léchées, le son n'est pas fantastique, mais bon le but semble avoir été atteint, car d'après le retour que nous avons eu, ces cassettes semblent avoir aidé beaucoup de gens. Les compliments portaient moins sur la musique elle-même que sur le "feeling" qui en ressortait.

STAIRWAY est en ce moment au repos. Jim s'occupe de son groupe de blues. Mais il se pourrait que nous travaillions à nouveau ensemble un jour ou l'autre. Nous sommes en tout cas toujours très bons amis."